01 novembre 2011
关键字 guānjiànzi
草泥马 căo ní mă herbe-boue-cheval
21 juin 2009
档案 dàngàn

La veille de mon départ, je m’installe dans un café
ouvert 24/24, où les geeks de Beida révisent leurs examens jours et nuits. Si
on arrive à 21h, tables et fauteuils sont réservés. Trois heures plus tard, à
mon arrivée, les lieux sont pleins à craquer. On entend tapoter des dizaines de
paires de mains sur les claviers. Des couples font fumer leurs méninges l’un
contre l’autre. On peut se servir à volonté de petits haricots ou de morceaux
de mangues posés sur des gros paquets de glace, dans des coupelles, ou de jus
de fruits déconcentrés, ou de café chaussette. Toutes les copies que je dois
encore corriger sont posées sur la table. Devant moi, j’ai 8h et un tas d’une
dizaine de centimètres. Mon objectif est que les devoirs rejoignent le plus
vite possible de grosses enveloppes cartonnées estampillées 档案
(archives).
Je
n’espère qu’une chose : avoir le temps de prendre une douche avant l’aéroport.
Avec les cinquante kilos de bagages qui m’attendent, et les dix heures de vol,
c’est indispensable. Puis je découvre les fiches des moyennes : tous les noms
et prénoms sont en caractères, sans correspondance en pinyin. Or je ne connais
quasiment que les noms français de mes élèves. Je mets à contribution tous mes
voisins pour ne pas faire d’erreur, et loue Beida d’avoir fabriqué tant
d’insomniaques.
A 8h, je cours jusqu’au département. La brume lève à peine des pelouses. Je traverse l’air froid qui, comme je suis en sueur, provoque des frissons. Je dis au revoir à la statue de Cervantès, et plus loin, aux crapauds compagnons de tant de nuits.
Je ne dors jamais avant de prendre
l’avion, surtout quand l’un d’eux vient de s’écraser mystérieusement trois
jours avant, entre deux continents. Pendant une semaine, je m’efforce de rendre
mes nuits courtes ou inexistantes. J’assiste alors vaseux à mon propre
décollage : ma trouille flotte autour de moi, et pas seulement dans mon ventre.
J’ai, dans la salle d’embarquement, tant retenu ma tête de tomber à mes pieds.
Elle s’enfonce dans le siège devant moi. Au travers de cet état nauséeux,
j’apprivoise l’idée de disparaître brusquement, dans un gros plouf et des
centaines de hurlements.
J’ai une consolation à revoir ce défilé
d’hôtesses nordiques qui me dépassent au contrôle des billets. C’était
l’élégance même : elles sont une dizaine, tout un équipage, à se faufiler
devant nous. Elles ont un maquillage discret, des coiffures au cordeau, des
tailleurs sans un pli et le sourire aux lèvres pour s’excuser de jouer les
coupe-file. Ah ! Ce qu’on les excuse ! Elles ont toutes - toutes les dix - plus
de soixante ans.
18 juin 2009
方阵 fāngzhèn
Je reviens encore une petite fois...
les enfants marchent sur l'eau
la princesse
aux enchères : ad... 29 !... 30 !... 1, 2, 3, ad... 32 !... 1, 2, 3, ad... 35 !... 1, 2, 3, ad... 36 ! (3 euros soixante)
le grand-père et ses jumeaux
la rue des fantômes et des restaurants
1, 2, 3 se disent pareil en turc et en ouighour
activité de troisième âge
un cuisinier
ferveur
réhabilitation...
...de ce genre de quartier
mobiles en herbe
la BN
autre activité de troisième âge
replanter
poissonnerie couverte
centre-ville
(défilé)
17 juin 2009
保持联系 bǎochí liànxí
Depuis la France, je reviens encore un peu en Chine...

musulman ?
sortie du métro
vin polyglotte
vélo à pétales
marco polo
fesses
rescapés du tremblement de terre au Sichuan
la mode des crocs
socle
brassards à l'entrée des hutongs
à quelques mètres, Lao She s'est suicidé
charcuterie de plein air
Sanlitun, quartier des expatriés.
Ca veut dire quoi déjà : vendez vos maisons au gouvernement pour aider votre pays ? De toute façon, les anciens habitants de ce hutong seront peu à peu expropriés, leurs maisons rasées, reconstruites et rhabitées par des Pékinois aisés. Un schéma explique à l'entrée du quartier tout le déroulement du processus. Il y a beaucoup de flèches et des couleurs.
J'ai aussi des caleçons Calvein Kline.
le son strident des diabolos troués
Japonais
- Cette maison a plus de 1000 ans, dit-elle.
c'est la vie
(garder le lien)
16 juin 2009
将要 jiāngyào
Xu An Hua, Ophélie, Yolande, Julia, Bilal, Zhangshuo sont venus me dire au revoir et me donner des cadeaux. Ensuite, j'ai dit au revoir au restaurant à :

He Jianfeng / Olivier

Zhou Haidong / David

Shu Tong / Marielle

Zhao Minglei / Guillaume

Musi

Jiunxi

Mingzai

Romain

Mo Fei / Martine

Chen Chen / Stéphanie

Su Yun Xiang

Ge Xu

黄洁华 / Jessica

Victor
Les jours précédents, j'ai aussi dit au revoir à :

Miroo

豕夫 / Bink
et Li Wei.
(être sur le point de)
15 juin 2009
事故 shìgù

2 extraits de
copies d'élèves :
1) « En 2004 quand
j’étais au lycée, une amie m’a quittée pour toujours et une autre a été
gravement blessée par suite d’un (accident) de voiture. Après, j’ai appris avec
étonnement que la famille de la défunte n’a obtenu que moins de vingt mille
yuan d’indemnité tandis que la blessée a obtenu plus de cent mille yuan.
Pourquoi cette grande différence? La réponse est que l’amie qui était morte
venait de la campagne et l’autre était de la ville. Comment on peut déclarer
l’égalité à tout moment et à tout lieu alors que même la vie n’est pas égale
justement parce qu’on est né dans un endroit différent ? »
2) « Il y a une fille dans ma famille qui aime les
cheveux courts et n’aime pas porter les jupes. A cause de cela, avant d’être
adulte, elle a toujours été prise pour un garçon par erreur. Dans un voyage en
train, elle a une conversation avec un étranger.
L’étranger : Allez-vous encore à l’école ?
La fille : Oui, je suis une élève du secondaire.
L’étranger : Est-ce que vous êtes déjà tombée
amoureuse ?
La fille : Non bien sûr. Je n’ai pas de chance avec
le sexe opposé.
L’étranger : Alors, comment sont les filles de votre
école ?
La fille : Elles sont belles et intelligentes.
L’étranger : Oh, mais pourquoi ne profitez-vous pas
de votre chance ?
La fille : ……..Je suis une fille……….
L’étranger : ……….Je suis très désolé !!!
Qui est cette pauvre fille ? C’est moi ! »
(se protéger)
14 juin 2009
花花公子 huāhuāgōngzǐ

A la piscine
du parc Tianjiehu, un coin est un peu à l’écart. Après avoir traversé le grand
bassin où s’ébattent les adolescents, et passé la pyramide centrale d’où partent
quatre toboggans en ciment, au fond, quelques marches contournent des rochers.
Là, sur quelques mètres carrés bronzent une vingtaine de corps.
Ont-elles
les seins nus, les expatriées dont la peau ressemble à l’orange pelée ? J’ai
oublié. Elles ont des cheveux décolorés. Mais je me rappelle, sur les chinoises
brunes, les bikinis les plus riquiquis du monde. Elles pavanent, de long en
large, des chevelures extraverties et des montures dorées.
Tous les
autres sont homosexuels et culturistes. Ils sont munis d’une serviette, d’un
slip fluo moulant, et d’un tube « sex magnet » (une huile de
bronzage). Leurs muscles imberbes brillent au soleil et contrastent avec les graisses
poilues et blanchâtres des occidentaux qui les côtoient. Le photographe Paolo
Woods a immortalisé l’un d’entre eux lors de jeux olympiques. Je revois
exactement le même, au même endroit, debout avec son slip bleu comme sur la
photo.
Mais cet autre garçon, seul, est-il une exception ? Lui qui dans son téléphone portable a entregistré deux cent photos de lui-même, lui qui court les défilés et les séances photos à travers le monde, lui qui vient deux à trois fois par semaine achever son bronzage, prétend avoir une copine depuis trois ans…
(playboy)
13 juin 2009
不但...而且 búdàn...érqiĕ

Il y a un mois, l'un de mes premiers partenaires de tandem m'a confié, sur la route du retour, qu'il était "0". Ca veut dire "homosexuel passif" en chinois. Il est très vite tombé amoureux de Julien, son professeur de l'Institut français, dont il imite la démarche efféminée. Il rêve de Paris comme du lieu où il pourra trouver un copain et lui tenir la main dans la rue. Jusqu'à présent, il n'en a eu qu'un au lycée, quelques mois.
Grâce à lui je rencontre un de ses amis. Il est en couple depuis un an. Tous deux sont étudiants à Beida. Il a les yeux vérons, ce qui est très rare en Chine : un oeil bleu et un oeil noir. Lui aussi se déclare "0". Son petit copain est "1", "homosexuel actif". Il a eu des petites amies avant. Aucun d'eux n'est "0,5".
Tous se sont rencontrés sur les forums internet, se confiant réciproquement leur orientation sexuelle à mots couverts.
Un mois plus tard, c'est-à-dire il y a quelques jours, un autre partenaire de tandem m'écrit la lettre suivante :
« Cher Romain,
Je ne peux pas accéder à mon Windows Live Mail donc j'utilise Gmail pour t'écrire.
J'ai bien voulu te dire que je suis gay ce midi mais mon
camarade était assis derrière moi donc je ne te l'ai pas dit. Je suis désolé
que j'ai menti: je n'ai pas une petite amie, c'est seulement pour se protéger
parce que j'avais peur que tu sois homophobia(english) comme beaucoup de
chinois (et beaucoup d'américains et européens! je le sais sur les feuilletons
haha). J'espère que tu n'es pas fâché avec moi pour ce mensonge. Je suis
vraiment désolé.
Au lycée j'avais un petit ami pendant 2 ans et demi mais nous nous sommes séparés quand j'avais 16 ans à cause de ses parents. maintenant je suis en train de chercher mon "type d'homme" :-). mais je suis vraiment très occupé à l'université!
(…)
Ton blog est très intéressant! Mais j'ai trouvé un peu de fautes dans mon email que tu as mis dans le blog!!! Tes amis français vont rire !! hahahahahahahahahahahaha..
Amicalement »
(non seulement... mais en plus)
12 juin 2009
微笑 wēixiào
On somnole. Dans le taxi, Guo Jianfeng s’écroule sur la banquette arrière. Il s’est évanoui ou il dort ? Je le secoue :
- Hé ! Ca va ? Ca va ?
Il ouvre soudain les yeux, m’en montre le blanc, et tire une langue pointue. Je crie. On aurait dit un masque chinois. Je me retourne pour lui faire la tête :
- Est-ce que tous les Français ont peur des grimaces ? demande-t-il.
Il suffit en tout cas de cette grimace-là pour que les Chinois, eux aient peur :

On me dit que ce sont des 城管 chéngguān, sorte de para-flics qui traquent les vendeurs ambulants et les tireurs à la sauvette. Souvent sous-éduqués, leur action consiste à frapper pour disperser.
(sourire)
11 juin 2009
答案 dáàn

Pourquoi n’en a-t-on jamais parlé avant alors
que je la connais depuis 3 ans et qu’on s’est tant confié l’un à l’autre ? Il a
fallu que ce soit l'anniversaire des 20 ans du massacre. On est à quelques centaines de mètres de la place. Il fait déjà nuit.
- Toi tu avais quel âge en 1989 ? 18 ans ?
- 22, c’était ma dernière année à la fac. On
devait être diplômé à la fin de l’année.
Je baisse la voix :
- Donc tu étais sur Tian An Men ?
- Bien sûr, tous les jours.
- Tous les jours !
Quand j’ai posé la question, je connaissais la
réponse : bien sûr qu’elle y était, tout le monde y était. Ce qui me
surprend, c’est d’avoir posé la question, et de ne l’avoir posé que maintenant.
C’est notre soirée d’adieu. Sans doute qu’on ne se reverra pas avant longtemps.
- Avec toute ma promotion, on y était tous. Moi
je ne dormais pas sur la place, mais j’y allais tous les jours.
- Vous faisiez quoi ?
- On discutait, on créait. L’Institut du film
venait juste de déménager au centre-ville. On n’était pas...
- Mais puisque vous aviez le matériel, vous
avez dû faire des films, il doit y avoir des images ?
- Non, pas de films, mais un de mes amis a pris
beaucoup de photos...
- Elles sont où ? Tu sais qu’il y a très peu de
photos de Tian An Men. On les a vues dans les journaux ?
Contrairement à moi qui coupe toujours les gens,
elle laisse toujours ce blanc de réflexion avant de répondre :
- Il les a cachées. On ne sait pas où. C’est
dangereux, à cause du gouvernement. Tu n’as pas senti comme c’était tendu
aujourd’hui dans les universités ?
- Non. A Beida, tout était normal… Il y avait
peut-être un peu moins de monde dans les rues. En fait j’avais oublié qu’on
était le 4 juin. A Diqiucun, tu sais là où je prends mes cours de chinois, il y
a un Américain qui m’a demandé : « toi aussi tu portes un T-shirt
blanc à cause de Tian An Men ? ». Il paraît que pour protester
silencieusement, il fallait porter du blanc pendant trois jours… mais je ne
savais pas. Après la prof de chinois nous a parlé de son grand frère qui avait
fait les manifs. Ensuite le gouvernement l'avait puni en lui donnant un très mauvais boulot.
- Tu as remarqué, quand on est entré, je suis
allée dire bonjour à mes collègues. là-bas Normalement, ils ne mangent jamais ici à
cette heure-là, à 20h30, ils…
- Pourquoi ?
- Cette nuit ils doivent dormir au bureau. Tous
les chefs de département sont obligés de rester à l’université, au cas où il se
passe quelque chose.
- Tiens, c’est vrai, hier et ce matin, les
gardes à l’entrée ont voulu vérifier ma carte de Beida. Avant je pouvais la
montrer de loin, en passant en vélo. Ces deux derniers jours ils étaient méfiants. J’étais en
retard alors ça m’a énervé mais je n’avais pas compris pourquoi. On avait dû
leur donner des consignes plus strictes.
- Ici c’est pareil. Ils sont plus
nerveux à l'entrée. Les professeurs ont dit aux étudiants : « pendant ces deux
jours, vous ne parlez pas et vous ne sortez pas ».
Un homme s’assoit, seul, derrière nous. Il
regarde dans le vide. Les collègues, eux, quittent leur table et nous disent au
revoir.
- Toute la promo était là-bas ?
Elle chuchote :
- Oui, à part un ou deux.
Elle rajoute, plus fort :
- Tu as pu dire au revoir
à tes amis avant de partir ?
- Je fais un dîner demain, avec tout le monde. Comme ils sont plutôt jeunes, je ne t’ai pas invitée. Ca ne t'aurait pas trop plu.
- Tu as eu raison.
J’insiste :
- Mais tes camarades de promotion à l’Institut
du film, c’était justement les réalisateurs de la sixième génération ! Donc ils
étaient avec toi à Tian An Men ? Il y a forcément un lien entre 89 et leurs films, non ?
Elle répond fort :
- Non je crois qu’il n’y a pas de lien.
Elle se retourne légèrement, puis me regarde fixement. Là,
je comprends que je suis stupide. L’homme, derrière nous, écoute depuis tout à
l’heure. Il n’y a personne d’autre dans la salle. Il n’a pas commandé à manger.
Il s’est assis trop près de notre table. Il a un visage impassible, froid. Son
regard éteint fait froid dans le dos. Ca me fait un choc tout d’un coup, cette
atmosphère de suspicion qui surgit. Elle était à mon esprit en arrivant en
Chine. Pourtant, partout, j’avais toujours pu parler librement de tout, et mes
amis me parlaient aussi librement. Je connaissais les deux ou trois sujets à ne
pas trop aborder en public. Bien sûr je lisais les journaux, je connaissais la
situation de la liberté en Chine. Mais là, dans cette cantine, j’ai quand même une
sueur froide, pour mon amie : j’espère qu’elle ne va pas avoir de problème.
On change de sujet, puis elle me glisse au
milieu d’une phrase :
- Romain, l’homme là-bas n’est pas de
l’université.
- Désolé… J’ai compris.
Un peu plus tard l’homme part. Elle me
dit :
- D’habitude je ne suis pas méfiante, mais là il était vraiment bizarre…
- Toi, la nuit du massacre, tu étais où ?
- A l’Université Normale où il y avait un
meeting. Tu sais, derrière Jishuitan, là où on s’est retrouvés quand tu es
arrivé. On avait prévu de rejoindre la place vers minuit, mais nos amis sont
arrivés, ils étaient paniqués : « non, non, surtout n’y allez pas
! ». En fait il n’y avait plus beaucoup de monde sur la place, ça se
passait dans les rues, l’armée, et…
- Tu connais des gens qui sont morts ?
- Non pas moi. Un de mes amis a été blessé, c’est
tout.
- J’ai lu dans les journaux que les gens
savaient que l’armée allait venir. Vous ne vous y attendiez pas ?
- Non non non, on ne s’y attendait pas du tout,
on ne pensait jamais qu’ils iraient jusque là.
C’est à ce moment-là seulement que sa voix s’est brisée. En mars, les rassemblements avaient commencé. En juin, ils
ont tous été diplômés. Ils avaient tous été très impliqués, comme ceux de
Beida, Renmin Daxue, Beiwai. Un de chez eux était un des leaders. Il s’est
caché, il s’est réfugié à Hong Kong. Il pensait aller en Espagne, puis a
rejoint les Etats-Unis, où il a continué à étudier le cinéma. Il y a huit ans,
il est revenu à Pékin et réalise des documentaires, critiques du régime, sans
être inquiété.
L’année d’après, mon amie a été envoyée dans un bourg du Hebei avec
cinq autres de ses camarades de promo :
- Une année de gaspillée, dit-elle. On a
dessiné des posters de films pour un cinéma, vendus des tickets, nettoyé les
sols et les toilettes. Ils ne savaient pas quoi nous faire faire. De toute
façon, tout le monde se fichait de nous. On pouvait rentrer à Pékin, repartir,
personne nous surveillait.
Puis, au bout d’un an, elle a été nommée professeur.
(réponse)
10 juin 2009
清醒 qīngxĭng

Un
texto par jour, c'est le rythme de Jintao depuis la journée que nous
avons passée ensemble aux alentours de Qingdao. Peut-être aurais-je dû
demander à des amis de déchiffrer les tout derniers pour moi. Mais je suis à
quelques jours du départ, je n’ai pas le temps de le faire, je réponds juste : ça va ! merci beaucoup pour tes invitations au restaurant à Qingdao !
comment va ta famille là-bas ? j'ai beaucoup de travail ici ! je retourne en
France dans 5 jours !
Dans
un message, il a l’air content que je revienne chez moi, il me parle de Pékin,
de cadeaux. Je me dis que s’il veut m’offrir des cadeaux, il finira par me demander mon adresse, car il sait seulement que j’enseigne à Beida. Il
m’a déjà tellement offert à Qingdao, ça suffit bien.
Jeudi
matin, je dors toujours tard. A 10h, je me réveille, juste avant d’enfiler mon
short et de rouler jusqu’au cours de volley. Mais ce jeudi-là, dans les
turbulences de mon sommeil, j'entends le téléphone sonner une dizaine de fois. Au réveil je découvre une demie-douzaine de sms. C’est
encore Jintao :
-
Langman ! Je suis à Pékin ! Je t’attends à la porte Est de Beida avec
des cadeaux !
Non mais ce type a fait 10 heures de train rien que pour me donner des
cadeaux ! Je regarde l’horaire du premier texto : 8h du matin !
Je suis pris de peur. Il veut me tuer ou quoi ? Il me poursuit et il est
venu avec ses flingues pour me descendre le 4 juin à la porte Est de Beida.
Je
pars au volley dans le pâté. Après, je réfléchis et je me dis que,
même si on ne se connaît pas, même si on s’est rencontrés sur la plage et qu’on
ne s’est vus qu’une journée, il a quand même fait des centaines de kilomètres
pour me voir et il m’attend depuis plus de 2h. Ca ne se fait pas de ne pas
répondre. J’appelle :
-
Jintao, mais tu es fou qu’est-ce que tu fais là ?
-
Je suis à Pékin je suis venu t’offrir des cadeaux !
-
Oui je sais mais je ne veux pas de cadeaux ! Tu es complètement fou !
Il
rit.
-
En plus je pars après-demain, je n’ai pas du tout de temps, j’ai promis à
des amis de les voir, j’ai les examens de mes élèves, des entretiens, un
rendez-vous à midi avec le chef de mon département. Je ne peux même pas venir
te voir !
-
D’accord, alors envoie un ami pour que je lui donne tes cadeaux !
-
Non… Oh la la Jintao t’es vraiment cinglé… Attends-moi encore une heure,
j’arrive, j’aurai juste 5 minutes avant d’aller à mon rendez-vous. Je suis
vraiment désolé, je n’ai pas du tout de temps ces deux jours. Et toi tu es venu
de Qingdao !
-
C’est pas grave je t’attends ! Prends ton temps, je sais que tu es occupé.
A midi, il
est bien là, à la porte Est. Il a un grand sourire aux lèvres et dans les
mains, une dizaine de cadeaux : une peinture, une
calligraphie, des colliers en fausses perles, des livres, une clé USB avec toutes
les photos du week-end dernier (je l'avais par malheur averti que je n’arrivais pas à lire
celles qu’il m’avait envoyées par mail).
Je
refuse, je refuse, je refuse, je refuse. Mais il a quand même fait 10 heures de
train pour venir. Alors finalement, j’accepte.
- Est-ce que tu as aussi besoin d’argent ?
- Non non non ! J'en ai suffisamment.
- Combien tu veux ?
Il
ouvre son portefeuille :
-
600, 800, 1000 kuai (ça fait plus de 100 euros) ?
Littéralement,
je me mets à hurler : non ! si fort, que les gardiens à la porte
accourent, prêts à réprimer ce début de manifestation anti-régime, le jour des
20 ans de Tian An Men. On s’écrie tous les deux :
-
Tout va bien, tout va bien !
Il range ses billets. Je dois partir.
Vers
22h, après l’avoir inondé de remerciements, je lis dans un de ses sms :
- C’est bon, je suis arrivé à la maison ! Bon retour en France Langman ! Sais-tu que la calligraphie que je t’ai offerte est très connue ?
(en pleine forme)
09 juin 2009
游戏 yóuxì
崔楚屏 me propose un casse-tête chinois. Elle dispose les baguettes sur le bol devant elle et annonce :
1...
...5...
...2...
...4...
...et 3...
Comment déduit-on le chiffre à partir des baguettes ?
Juste avant ce jeu, un autre, le téléphone arabe avec mes étudiants de quatrième année, a déclenché nos fous rires. Il y a eu un problème de bruit sur la ligne, juste à mon niveau, si bien que les plus jolies paroles de chanson - "l'amour a vraiment besoin de courage" - sont devenues dans ma bouche des grossieretés.
(jeu)
[solution : il vaut mieux regarder les doigts de 崔楚屏 que les baguettes]
08 juin 2009
鬼 guĭ

Jacques Brocard, Bernard Rhodes, Louis de Pernon, Charles de Broissia, Guillaume Bonjour-Favre, Charles Dolzé, Pierre Jartoux, Pierre Vincent de Tartre, Pierre Frapperie. Cela fait dix tombes au milieu de soixante-trois.
M’emmenant voir chacune d’elle 枡老师, professeur Shĕng, arrache les mauvaises herbes. Il me lit consciencieusement les épitaphes en caractères chinois. Je tente de déchiffrer la traduction en latin, elle aussi gravée dans la pierre. Comme je ne comprends rien, il résume à chaque fois d’un :
- C’est un Français.
Je répète :
- C’est un Français !
- Oui, et il y a un autre Français là-bas.
On y va. Des chats rôdent. Le lierre court partout. Quand on a fini avec les français, il m’emmène voir Ignaz Sichelbarth, Giuseppe Castiglione, Antonio de Magalhaes, Anton Gogeisl, Jean-François Régis et Francisco Xavier a Rosario – les deux derniers étant chinois. Au-dessus d’eux, une stèle plus grande que les autres se dresse. C’est celle de Matteo Ricci, le plus célèbre d’entre tous.
Pour venir au cimetière des missionnaires occidentaux, j’ai mis en contact professeur Shĕng avec mon enseignant de chinois, deux gardiens d’université, un usager du métro, et un chauffeur de taxi. Mais, la longue demie heure qu’il m’a fallu pour le rejoindre, au cœur d’un parc universitaire, il m’a attendu, avec son classeur et ses transparents. Au téléphone, à chaque fois que je le rappelais je disais :
- Bonjour, c’est toujours le Français… Je vous passe quelqu’un…
Il m’accueille en me disant :
- Ah c’est vous. Alors vous êtes de quel pays ? Allemand ?
Le cimetière a été saccagé par la révolte des Boxers au début du vingtième siècle. J’observe avec professeur Shĕng le cadastre, les tombes qui ont été scellées dans les murs d’une église, puis descellées et plantées dans ce petit jardin. En touchant les pierres, je tente d’imaginer à quoi ils ressemblaient, leur corpulence, leurs vices, ceux qu’ils avaient laissés loin d’eux. Ils sont tous morts en Chine. C’est un tout petit morceau d’histoire, une abbaye dont ne subsistent que quelques morts et quelques murs. Je revois ce lieu écarté, il y a trois cent ans, et les missions organisées à travers le pays. Aujourd’hui des tours l’entourent comme un écrin.
Les bâtiments de l’abbaye ont été construits par les Français, et servent aujourd’hui de salle de classe. On se croirait dans un lycée jésuite à Paris. Là, dans une cour carrée, douze arbres sont plantés. Professeur Shĕng m’explique :
- Ce sont les douze disciples de Jésus.
Il y a un arbre plus gros que les autres, et un plus grêle, un peu chafouin. J’en déduis que c’est Pierre et Judas. Ensuite la moindre pierre attire l’attention professeur Shĕng. On continue à se ballader, beaucoup d’étudiants saluent professeur Shĕng. Le soleil tombe à ras à l’orée du parc.
Devant l’église murée, poubelles et linge prennent l’air. Les dépendances ont été transformées en dortoir. La croix au fronton, gravée dans la pierre, est devenue une étoile communiste.
Professeur Shĕng me fait remplir un questionnaire dont il retranscris lui-même les réponses :
- Est-ce que ça vous a plu ?
- Beaucoup.
Il écrit :
- …beau…coup…
- Pourquoi êtes-vous venu ?
- C’était marqué dans mon livre.
- …li…vre
- Comment était la visite ? Comment était le guide ?
- Très sympathique
- Merci ! En général les gens disent aussi que je suis chaleureux.
- D’accord pour chaleureux.
- …cha…leu…reux…
(fantôme)

07 juin 2009
收行李 shōu xíngli

A quelques jours du départ, je ressens le besoin de retrouver la solitude de mon arrivée, et les lieux qui l’ont accueillie. Au bout de quatre mois les distances ont rétréci, comme un adulte revoit son ancienne cour de récréation ou sa chambre d’enfant, et s’étonne de leur exiguité. Pékin était une mégapole sans mesure. Avec mon vélo, je la parcours aujourd'hui comme un village. Sur la maquette du musée municipal, j'en reconnais les enclos et les totems : la bibliothèque nationale, l'U-center, le Poly-theatre, la tour CCTV, l'église de Wanfujing, les trois tours de Xizhimen, le lac Houhai, le temple lama, etc... tous ces mots qui ne signifiaient rien pour moi il y a quatre mois et qui se sont désormais remplis.
Sur le lac de Beida, le soleil tombe sur l’eau verte et sur le bateau de marbre. Les lampadaires s’allument, et les lampions tueurs où les moustiques viennent grésiller. Le son d’un saxophone s’élève sur l’île centrale.
(faire ses bagages)

06 juin 2009
蛙泳 wāyǒng

Les autres lignes sont tranquilles, on y (brasse) paisiblement. Mais des trombes d’eau secouent régulièrement les lignes 2 et 3. Deux compétiteurs s’y mesurent en papillon. Au bout, ils sont relayés en crawl par deux autres nageurs, puis en dos, puis en crawl à nouveau pour le sprint final.
A l’arrivée, les deux équipes sont toujours au coude à coude. Mais la ligne deux l’emporte à chaque fois au finish. Les vainqueurs lèvent les bras et tous se rejoignent pour définir l’ordre de passage de la course suivante, et qui nage quoi. Je leur précise bien :
- Je préfère nager le crawl.
- D’accord, tu pars en deuxième.
- Pas de problème ?
- Non, va à l’autre bout pour le relais.
Là-bas, on attend le signal. Tout le long de la course, je bois la tasse. Cela me vaut à l’arrivée un « pas mal » qui me reconforte.
Chaque soir, une petite dizaine de Chinois se retrouvent là. Parmi eux, il y a une ou deux femmes. Ils nous ont invités, mon ami français, et moi, tardivement. C’est intergénérationnel. Les deux nageurs les plus rapides sont un cadre de chez Bentley, et le prof de piano de l’université Qinghua. L’un a un petit ventre, le second est une petite masse de muscle, imberbe, la tête rasée. Les autres sont pour la plupart employés à Zhonguancun, le pôle informatique de Beijing. Ils travaillent derrière un des petits carrés vitrés des grandes tours, puis le soir viennent se délasser dans l’eau. Ca rigole bien.
Ils sortent de l’eau par la largeur de la piscine, en se hissant d’un coup, et font attention à ne pas toucher les quelques crachats sur le bord. On montre ses muscles. La douche qui suit est interminable. Soit ils ne sont pas mariés, soit ils n’ont pas très envie de rentrer.
(nage de la grenouille - la brasse)
